Lalie - Le monde caché de Naturia (Ch.2)

Mis à jour : févr 22


Auteure de la couverture : Elodie PEREZ


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Lalie ouvre les yeux, cramponne sa tête d’une main puis se redresse. Une vive douleur la lance au niveau des tempes comme si elle avait reçu un terrible choc. Désorientée, courbaturée, sa vue se trouble ; lui donnant l’impression qu’un voile recouvre ses yeux. Impossible de distinguer quoi que ce soit ! Il n’y a que du flou, un peu de couleurs, des formes immobiles, mais rien de très net.

— Mais… que s’est-il passé ? Ma… Maman ?

Pas un bruit, pas même le chant d’un oiseau ou les déplacements d’un écureuil. Juste celui du vent qui fait remuer les feuilles des arbres. L’endroit a l’air lumineux, spacieux, et beaucoup plus chaud que…


Ça y est ! Lalie se souvient. Elle se trouvait dans la voiture, installée sur le siège-avant à côté de sa mère qui conduisait. Toutes les deux traversaient le bois pour se rendre à Nancia. Malheureusement, un gros orage s’est déclaré, rendant la route impraticable, dangereuse ; ce qui causa l’accident.

Pourtant, il semblerait que Lalie ne soit plus dans la voiture. Comme elle n’a toujours pas retrouvé une vue parfaite, elle tâtonne avec ses mains pour deviner où elle se situe. À cet instant, elle touche des feuilles, elle sent de la mousse, du bois, du lichen, des orties. Derrière elle, quelque chose de dur et rugueux soutient son dos. C’est un arbre.

— Aïe !

Un petit objet vient de tomber sur son crâne. Tout en massant sa tignasse, elle s’en empare puis devine au toucher qu’il s’agit d’un gland. L’adolescente comprend qu’elle repose contre le tronc d’un grand chêne.

— Je ne suis plus dans la voiture, s’alarme-t-elle. J’ai été éjectée. Maman ! Maman, où es-tu ?

En panique, elle se redresse d’un bond. Malheureusement, les premiers vertiges se font ressentir. Sa tête tourne, ses jambes flageolent. De toute évidence, elle s’est levée trop vite. Difficile de tenir debout dans ces conditions. Nauséeuse, elle s’appuie contre l’écorce, frotte ses yeux puis se concentre afin que sa vue s’améliore.


Enfin, après quelques minutes, elle peut de nouveau voir correctement.


Elle découvre alors qu’elle est seule au beau milieu d’une forêt constituée d’arbres aux troncs très épais, de nombreuses orties et quelques rochers. L’endroit ne ressemble en rien au bois qu’elle traversait avec sa maman. D’ailleurs, aucune trace de la voiture, aucune trace de madame De La Cour. Aucune trace d’animaux non plus ! La zone parait sèche, c’est comme s’il n’avait jamais plu. Comme s’il n’y avait jamais eu d’orage.


La cime se révèle très haute, peut-être devrait-elle escalader afin d’obtenir une vue panoramique ? Malheureusement, l’enfant manque de force. Elle n’a plus d’énergie. Le choc de l’accident l’a sûrement affaiblie et sa tête reste douloureuse. Elle ne pourra donc pas monter à l’arbre. Dommage, ses compétences en escalade sont impressionnantes.

— Maman ! appelle-t-elle en plaçant ses mains en porte-voix. Je suis ici, maman ! Où es-tu ? Aïe !

Sa basket s’est accrochée à une grosse racine s’extirpant de la terre. Elle a bien failli se tordre la cheville et perdre la chaussure en route. Tout en pestiférant mille jurons, elle refuse d’abandonner.

— Maman ! s’époumone-t-elle pleine d’espoir.

Mais madame De La Cour ne répond pas. Aucune voix, aucun mouvement. Pas même un gémissement n’est perceptible. Un frisson s’empare alors de Lalie. Un frisson rempli de peur, faisant trembler les membres de son corps. L’adolescente commence à angoisser. Elle comprend la situation, elle comprend le danger. Car elle se retrouve désormais seule dans une forêt qu’elle ne connaît pas. Il n’y a personne pour l’aider, personne pour la guider.


Peu à peu, ses yeux se gorgent de larmes. Elle sait qu’elle est perdue. Toujours nauséeuse, elle se rassoit au pied du chêne puis se recroqueville sur elle-même. La tête entre les genoux, elle pleure et continue de pleurer en priant pour que sa mère, ou la police, la retrouve très vite avant la tombée de la nuit.

— Salut !

Soudain, Lalie sursaute. Elle relève son visage abattu puis rencontre un jeune garçon très souriant, accroupi face à elle. Ses mains fines sont posées sur ses propres genoux. Il porte un short rouge ainsi qu’un sweat blanc. Sur ce dernier est cousu le motif d’un dragon rouge, serpentant la gueule béante. Ses chaussettes recouvrent l’entièreté de ses mollets comme chez les footballeurs et il chausse une paire de… d’étranges ballerines en cuir aux semelles très épaisses. Ses yeux sont couleur émeraude, ses oreilles décollées sous sa tignasse noir-corbeau et ondulée lui donne un air très rigolo.

Lalie sourit.

— Qui es-tu ? interroge-t-elle.

Tout de même méfiante, elle s’enfonce instinctivement dans le creux de l’arbre comme si elle voulait rentrer à l’intérieur. Elle ne le quitte pas du regard.

Loin d’être idiot, le garçon a deviné ses craintes. Il décide donc de garder ses distances et s’assoit en tailleur afin de la rassurer.

— Je m’appelle Lucas, je ne te ferai aucun mal.

Sa douce voix l’apaise. Cependant, elle paraît très éraillée, ce qui signifie qu’il est sur le point de muer. Lalie en déduit qu’il ne doit pas avoir plus de douze ans.

— Je me promenais dans les bois quand je t’ai entendue crier. Qui cherches-tu ? s’intéresse-t-il en se grattant l’oreille.

Lalie renifle, son cœur se resserre. Elle a de nouveau envie de pleurer. En effet, elle songe à sa mère et s’inquiète de son sort. Impossible de savoir si madame De La Cour va bien, si elle est blessée. Ou pire !

— Maman, sanglote-t-elle en frottant ses yeux irrités.

— Maman ? répète le garçon en haussant ses sourcils en accent circonflexe. Je ne connais pas. Ce prénom ne me dit rien du tout.

Étonnée, l’adolescente le fixe d’un air outré.

— Maman, ce n’est pas un prénom, bougonne-t-elle agacée en se demandant s’il ne le fait pas exprès.

— C’est quoi, alors ?

— Mais enfin ! Tu ne sais pas ce qu’est une maman ? Une mère ?

Lucas fronce les sourcils puis caresse son menton. Lalie remarque qu’il réfléchit. Il réfléchit très sérieusement. Néanmoins, il finit par secouer la tête.


« Mince ! Quelle idiote je fais ! »


À cet instant, elle regrette d’avoir crié sur lui. Ce garçon n’a peut-être jamais eu de maman et ignore alors ce que ce mot signifie. Elle ne voit que cette explication et se sent coupable.

— Une maman, c’est une personne qui t’aime, qui te protège, qui t’éduque. Elle te prépare de bons petits plats et t’apprend même à les cuisiner. Une maman, c’est aussi la personne qui te met au monde.

En entendant cette révélation, Lucas se redresse d’un bond. Ses yeux émeraudes s’arrondissent comme s’il venait de se rappeler de quelque chose d’évident.

— Dans ce cas, j’ai eu une maman, répond-il ravi. Mais elle a disparu on ne sait où depuis bien longtemps.

Embarrassée, Lalie ignore quoi répondre. La manière dont il évoque cet événement ne démontre aucune tristesse. On dirait bien que ça lui est égal. Elle préfère donc se taire. Se sentant en meilleure forme, elle juge qu’il est temps de partir à la recherche de sa propre mère, et peut-être que ce mystérieux garçon pourra l’aider.

— Tu n’aurais pas croisé une voiture par hasard ? demande-t-elle, optimiste. J’espère qu’il ne va pas me demander ce que c’est, ça aussi.

— C’est quoi ?

— OK ! Laisse tomber !

Se retenant de s’arracher les cheveux de la tête, elle choisit de le suivre. Lucas connaît probablement cet endroit comme sa poche, elle aura moins de chance de se perdre en restant auprès de lui.


Plein d’entrain, le garçon ouvre la marche. Il se déplace en levant les genoux très haut, dans le but d’éviter les orties. Intriguée, elle se contente de l’imiter, même si elle porte un leggin qui la protège des piqûres.

Durant la « promenade », on ne rencontre aucun chemin de tracé, aucun sentier, comme si aucune activité humaine ou animale n’existait. D’ailleurs, a-t-elle seulement croisé un insecte, une araignée ? Une chenille ? Tout ça lui paraît irréaliste.

— Sais-tu où tu vas ? demande-t-elle perplexe. Comment te repères-tu ?

— Bien sûr que je sais où je vais, répond-il confiant en accélérant le rythme. Si tu observes bien, les arbres ne se ressemblent pas. Je me repère grâce à eux. Tout simplement !

La jeune fille paraît impressionnée. Pour elle, tous les arbres sont identiques. Elle serait bien incapable d’en reconnaître un sur son chemin même si elle l’avait déjà croisé.

Tout en marchant vite, elle se permet de lui décrire sa maman. Peut-être l’a-t-il aperçue ? Une longue chevelure d’or, ça se repère à des kilomètres dans une forêt ! Mais Lucas n’a rencontré aucun être humain pendant qu’il errait dans la forêt ce matin. Aucun, à part elle.

— As-tu des frères et sœurs ? Des enfants avec qui tu as grandi ?

— Bien sûr ! s’excite-t-il alors qu’une clairière apparaît à l’horizon. À ma connaissance, j’en ai cinq.

— À ta connaissance ?

— Oui, à ma connaissance.

Le suivant avec difficulté, Lalie fronce les sourcils. Elle ne posera plus d’autres questions, car elle ne comprend toujours pas ce qu’elle fait ici. Qui est Lucas ? Où est-elle, exactement ? Pourquoi ne connaît-il pas le mot « maman » ni le mot « voiture » ? Et comment parvient-il à se repérer dans une aussi vaste forêt ?


Mais la question qui la turlupine le plus, c’est celle-ci : « Comment a-t-elle atterri là ? »


En effet, elle reconnaît qu’elle se trouve bien loin de l’accident. Elle ignore la manière dont elle a été transportée jusqu’ici, mais cet endroit n’est pas le bois qui entoure le manoir de son père. Le climat est différent, il fait plus chaud. D’ailleurs, elle décide de retirer son gilet et l’enroule autour de sa taille. Aussi, on sent beaucoup plus l’odeur des végétaux. L’orage a disparu, remplacé par un soleil radieux dont les rayons transpercent la cime des arbres, ce qui illumine la forêt.

— Voici la clairière ! s’égaye Lucas en pointant du doigt l’orée du bois. Ma maison se trouve là-bas, juste à la lisière. Tu vas pouvoir t’y reposer un peu et rencontrer Timou, s’il est déjà de retour. Tu vas l’adorer !


Réussir sa vie, c'est mourir sans regret ...

© 2019 - 2020 par Myriam Lorenz