Curiosité pour l'inaccessible

Mis à jour : mai 29

Il y a ces choses qui existent mais qui ne sont pas visibles à nos yeux. Du moins pas tant qu'on n'aura pas créé le matériel permettant de les mettre en évidence. Mais dans le monde invisible aux yeux des hommes, qu'est-ce qui vaut la peine d'être examiné, de quoi vaut-il mieux s'éloigner ? Et surtout pour quelle raison ? Ce petit texte ne répond pas vraiment à la question, je pense simplement qu'il l'illustre, d'une certaine façon.


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Théodore n’est pas comme les autres. Il est de ceux qui créent une différence. Mais soulignons que ce qui l’indispose ne se ressent pas comme une évidence.


Il vous faudra plus d’un coup d’œil pour le détecter. Admettons toutefois qu’il sait rester discret. De longues heures, il faudra le mirer. Et certains d’entre vous ne le remarqueront jamais.


Des plus banales se présente son apparence. Dans sa communauté, on le distingue à peine. Comme ses pairs, il a le charme, l’élégance ! Pourtant, ce don, il n’en a que faire !


Mais quel est donc ce trait qui le rend si différent ? Au point de le plonger dans une lassitude déprimante. La solitude finira par avoir raison de lui. Si rien ne change, il se laisserait bien dépérir.


Théodore est juste un être qui réfléchit trop. Comme ses camarades, il voit certaines choses. Si tout fonctionne si bien dans sa communauté, c’est grâce à cet univers qu’il ne cesse d’observer.


Un univers qui n’est pas le sien.

Un univers qui n’est pas le leur.

Un univers dont il ne comprend rien.

Un univers… à l’extérieur.


Théodore se pose beaucoup de questions. Il analyse, cogite et médite. Il éprouve une étrange fascination pour ce monde évidemment inaccessible.


– Alors pourquoi l’étudier, lui demandent-ils ?

– Tu veux y entrer ! lui reprochent-ils.

– Tout fonctionne très bien comme ça.

– Inutile de chercher le comment du pourquoi !


Mais ainsi se présente Théodore ! Il veut comprendre l’origine de toute chose. Or, si sa communauté vit en paix, en toute sérénité… c’est grâce à cet Univers dont elle dispose.


Il y a Basil qui l’observe aussi parfois, collé à cette barrière, à la limite de l’au-delà ! Théodore pensait avoir trouvé un modèle. Mais Basil aime simplement le contact des barrières.


– Cet univers est à peine visible, lui rappelle-t-il. Il est également inaccessible. À quoi s’embêter à l’étudier si tout fonctionne comme il nous plaît ?


Théodore s’escrime à lui répondre que leur survie dépend de ce monde. Leur communauté vit dans une dépendance. Une disparition provoquerait sa déchéance.


Théodore est décidé !


Il va s’introduire dans cet univers. Après tout, il sait comme y faire. D’un bond, il saute par-dessus la barrière. Et se retrouve étalé par-terre. Il suffoque, où est l’oxygène ? La chute fut dure, son corps devient tout sec. Immobile, il sent ses forces le quitter… lorsqu’une main géante vient le relever.


Cette dernière le ramène au sein de sa communauté, où il parvient de nouveau à respirer.


– S’il te plaît, cesse de te sauver, lui dit-elle sur un ton maternel. Je comprends ta curiosité ; et tu peux en être très fier. Mais tout voyage non préparé pourrait entraîner ta perte. Il y a des mondes d’où l’on ne revient jamais. Je ne veux pas que tu regrettes. Alors sois gentil, Théodore, car ta curiosité te consomme.


Cesse de bondir par-dessus l’aquarium !

Car la prochaine fois, il n’y aura peut être personne.

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